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Archipels | Entre chasseurs et chassés, les nouvelles politiques migratoires européennes
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Entre chasseurs et chassés, les nouvelles politiques migratoires européennes

Par Béatrice Minh

 

Grégoire Chamayou est agrégé de philosophie et chercheur à l’Institut Max Planck à Berlin. Il est également éditeur pour le label « Zones » des éditions La Découverte. Dans son ouvrage Les chasses à l’homme, dense et extrêmement bien documenté, il retrace l’histoire de la domination de l’homme sur l’homme depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours1La fabrique éditions, Paris, 2010.. Avec Xénophobie Business de Claire Rodier et Partir et Raconter de Bruno Le Dantec et Mahmoud Traoré, ce livre fut central dans le travail de documentation du Nimis Groupe. 

 

« Au jeu du chat et de la souris, le chat n’a pas forcément intérêt à éliminer sa proie. » (Claire Rodier)

 

Qu’elle soit dans le but de poursuivre ou d’exclure, la chasse à l’homme est loin d’être un phénomène singulier dans l’histoire de l’humanité et bon nombre de peuples, de groupes l’ont appris à leurs dépens. Ainsi, les Grecs usèrent de la chasse-capture, théorisée comme véritable technique de pouvoir, afin d’acquérir des esclaves. L’Église, quant à elle, bien que ne se réclamant pas d’un pouvoir prédateur mais affichant au contraire des motifs bienveillants et protecteurs, usa d’une autre forme de chasse afin d’exclure voire de supprimer les « éléments perturbateurs » pour asseoir son rôle de protectrice du troupeau.

Ces deux conceptions classiques de la cynégétique, l’art de la chasse, montrent que celle-ci ne concerne pas uniquement les animaux sauvages mais fait appel à des théories de la proie établissant des rapports de pouvoir (et donc de domination) entre êtres humains. C’est en cela qu’un lien s’établit entre chasse et art politique : de quelle manière un groupe d’individus est-il amené à justifier la violence faite à l’encontre d’un autre groupe qui ne lui a rien fait, si ce n’est de n’être pas le même. Le rapport de domination est ainsi intrinsèquement lié à un rapport de prédation.

Cette lecture originale de la chasse à l’homme étudiée comme un phénomène historique dans la cynégétique fait qu’elle en devient un véritable pouvoir désiré. Les différents types de chasses – acquisition, capture, exclusion – qui se sont succédées tout au long de l’histoire démontrent les spécificités à l’œuvre dans leurs pratiques : le choix de la proie découle d’une stratégie hautement ciblée, elle-même le reflet d’une vision particulière de l’humanité.

 

L’auteur identifie plusieurs séquences depuis la Grèce Antique jusqu’à nos jours, et isole, à l’aube de la modernité, un moment-clé historique et déterminant qui marque une évolution dramatique du concept.

Dans un premier temps, la chasse à l’homme est pratiquée comme une technique de domination qui, se politisant progressivement, s’inscrit peu à peu dans le mode de fonctionnement de la cité. En découle alors une logique d’opposition à plusieurs niveaux, entre le maître et l’esclave, la communauté et le proscrit, le souverain divin et terrestre. Dans tous les cas, le rapport de force est celui que le dominant impose au dominé, rapport qui est d’emblée asymétrique : la proie n’a pas d’autre choix que de fuir, tandis que le chasseur est déjà maître.

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1. La fabrique éditions, Paris, 2010.

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