Les geeks se mettent au football (J.Bazire)

Ces derniers jours, notre société moderne avait triste mine avec son lot de scandales fiscaux touchant même les grands dirigeants sportifs. Face à ce recul de la démocratie égalitaire, les start-up du numérique sont bien motivées pour que le coq chante à nouveau et redorer le ballon rond.

Les grands évènements sportifs internationaux sont toujours une occasion de faire étalage des progrès du pays organisateur, et la France ne déroge pas à la règle. Pendant que nos dirigeants prennent des cartons rouges grâce aux Panama Papers, les entreprises françaises vont droit au but. Elles rivalisent d’ingéniosité et d’initiative pour impressionner le public européen.
La rencontre entre le numérique français et le monde de la finance du football débute avec l’engagement d’Orange. Le meneur des télécoms français prend ses aises sous le feu des projecteurs, et renouvelle son partenariat officiel avec la compétition cette année. Orange se partage le terrain de la téléphonie mobile avec les trois autres opérateurs, pour équiper du réseau 4G l’ensemble des stades. Rien de très transcendant, et cela n’inclut pas non plus un accès gratuit. En effet, les bornes Wi-Fi gratuites sont bien peu développées aux abords des stades, ni non plus aux centres des villes accueillant la compétition. En cette période où les sujets financiers sont délicats (surtout pour la FIFA), c’est une occasion ratée pour les opérateurs, cherchant avant tout à maximiser leurs profits.
Là où les grands conglomérats français préfèrent rester sur la touche, les start-up saisissent la balle au vol. Elles prennent des risques et tentent de révolutionner les systèmes d’affichage. PNI (Pôle Numérique International) multiplie les idées novatrices, notamment dans la projection d’images et le mapping en trois dimensions. Allant des écrans en forme de parachutes soutenant des chaussures à crampons aux tables interactives dans les stades, la société compte s’imposer comme le buteur du High-tech tricolore sur la scène européenne.
On peut noter, par exemple, mettant à l’honneur l’ensemble des pays participant à la compétition, la projection à 360 degrés sur un ballon de cinq mètres de diamètre. Les applications possibles de ces installations sont multiples : diffusion des plus beaux buts du match ou encore, des actions décisives des étoiles montantes de chaque équipe. Une telle initiative est applicable dans de nombreux domaines, et pas seulement sportifs. Mais une fois de plus, les bonnes occasions ne payent pas toujours, ou plutôt elles serviront à faire payer. En effet, la plupart de ces supports sont destinés aux sponsors des clubs et non aux exploits sportifs. Ces projets sont donc à la fois très novateurs et créatifs, mais ne peuvent se détacher des réalités du terrain.
La concurrence européenne reste cependant forte dans ce tournoi. Panini, leader des cartes à collectionner de football depuis 1960, est toujours à la pointe de la technologie de son secteur. Il développe depuis la dernière coupe du monde des applications de réalité augmentée afin de rendre leurs cartes plus interactives. Le collectionneur peut alors, à l’aide de son smartphone, interagir avec la représentation en trois dimensions de son joueur favori, le faire jongler ou encore faire des parties de coups francs contre l’équipe adverse. Ces technologies sont toujours en développement, mais progressent régulièrement vers leur but. La concurrence est donc bien présente, favorisant la créativité de ces concepteurs. Les techniques d’images se multiplient, tout en accroissant l’interactivité avec le public cible, surtout grâce à la réalité augmentée.
Cette technique révolutionnaire permet d’intégrer au monde réel des éléments virtuels, et sera même à la base des retransmissions des matchs dans un avenir proche. Les rencontres seront filmées en 360°, et chaque spectateur muni d’un smartphone et d’un support en carton tel que le Google Cardboard pourra assister au match depuis son canapé, comme s’il était sur le terrain. Les stades pourront être visités depuis notre cuisine. Cette technologie est déjà présente sur nos téléviseurs, à travers des incrustations en direct (ligne de hors-jeu, cercles qui entourent des joueurs sur des palettes), qui fonctionnent assez bien.
Pour prendre exemple sur le modèle américain, Microsoft met actuellement au point une paire de lunettes autorisant la génération d’hologrammes autour de l’écran. Les statistiques du joueur et ses plus belles actions se développent alors sur notre table basse, permettant d’évaluer la performance sous toutes les coutures. Cependant, ce dispositif reste aujourd’hui hors de portée pour le grand public. Les premiers casques à disposition du grand public sont difficilement abordables (le premier prix est à 700€). C’est encore une pratique qui relève de la science-fiction : les supporters de canapé ne célébreront pas les buts aux côtés de la réplique virtuelle de leur attaquant favoris de si tôt. Cette technologie a encore du chemin à faire, mais préparons-nous à vivre ce type d’expérience dans les années à venir.
Les start-ups dominent donc grâce à leurs innovations et leurs initiatives, mais se font rattrapées par la dure réalité financière imposée par les structures du football actuel. Et même si les capitaines de la FIFA sont mis à mal suite aux Panama Papers, l’utilisation commerciale de ces innovations est inévitable. Doit-on s’en réjouir ou le déplorer ? Il faut quand même garder à l’esprit que ces sources de revenus sont garanties et sont le moteurs principal de l’innovation dans notre société. Cependant, les nouvelles possibilités offertes par la réalité augmentée permettrons sûrement aux spectateurs de profiter au mieux
et d’une manière plus immersive leurs rencontres favorites.

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