L'Insatiable | Le bonheur est dans l’escalier
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BEAUTIFUL]

Le bonheur est dans l’escalier

Par Nicolas Roméas

 

En essayant de comprendre comment il est possible de tenir dans la situation calamiteuse que traverse la France en ce qui concerne la culture, on rencontre parfois des ovnis de ce genre, qui ont en quelque sorte anticipé cette situation. Leur activité ne comprend aucun volet commercial, ils ne touchent aucune subvention et ne cherchent pas à le faire… Ils sont un témoignage vivant de ce que peut être l’échange artistique lorsqu’il est vécu jusqu’au bout, comme vecteur de relation humaine.

 

On se promène dans ce Montmartre autrefois paysan et l’un des bastions de la Commune, dans ce Montmartre qui ressemble aujourd’hui à une sorte de disneyland parisien, on grimpe ses escaliers en compagnie de cohortes de touristes disciplinés venus du monde entier pour se rincer l’œil sans rien connaître des habitants ni de l’histoire de ce village, pour en prendre chacun à peu de choses près la même photo. Et tout d’un coup on tombe, au beau milieu des marches, sur une salle miniature, ouverte, où se produisent des chanteurs, musiciens et autres artistes, un lieu d’art de liberté et d’échange comme il en pullulait jadis dans ce quartier.

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©DR

Presque par hasard, j’y ai entendu Gilles Maire, le chanteur du groupe les Jetés de l’encre, à qui ce type d’endroit chaleureux convient parfaitement. Ici, il ne s’agit pas d’être simplement spectateur, de consommer de l’art puis de rentrer chez, soi, il s’agit vraiment de partage, et après que les artistes nous aient fait flamber le cœur et les neurones, on a envie de rester avec eux pour mieux les connaître. Et, ici, on peut le faire, simplement.

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©DR

Comment peuvent exister aujourd’hui, dans cette période féroce où rien ne semble pouvoir être gratuit, des lieux de ce type qui semblent s’ébattre en dehors de toutes les règles du métier ? Alex Peroys, le jeune homme qui anime le Petit Théâtre du bonheur, a un parcours de comédien et de musicien. Au fil de son parcours, il a rencontré le musicien Sylvio Pistone qui avait transformé en 2008 un appartement montmartrois en minuscule théâtre qui s’est appelé au début La Cave dans l’escalier. Dans sa jeunesse, Sylvio composait et jouait dans les rues de Montmartre et les marches de ses escaliers. Cinquante ans plus tard, en repassant devant cet endroit où il aimait spécialement chanter et jouer, il voit que l’appartement est à vendre et il décide de l’acheter. En 2011, Sylvio propose à son ami Alex de s’occuper du lieu en échange de l’hébergement dans le petit appartement au-dessus.

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©DR

 Le Petit Théâtre du bonheur est une association loi 1901 qui organise des événements pour ses membres, la plupart des soirées qu’ils organisent sont sans droit d’entrée, il n’y a pas de bénéfice. « En discutant avec les gens du voisinage, à Montmartre, me dit Alex, on se rend compte qu’il existait des lieux comme celui-ci il y a encore une dizaine d’années, nous faisons renaître une vie artistique dans ce quartier. L’idée est de donner leur chance à des artistes que nous aimons et qui n’ont pas les moyens de payer une location. C’est une jauge très petite, dix-neuf personnes, mais ça permet une relation de proximité très rare de nos jours dans les lieux de spectacle, chaque personne présente compte vraiment. »

 

 

 

 

 

  • Le Petit Théâtre du bonheur – 6, rue Drevet – Montmartre – 75018 Paris