L'Insatiable | La Réunion. Transmettre la voie du maloya
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[SI LOIN


SI PROCHE]

Le maloya reste un mouvement politique ?

Ce qui est fort, c’est que le maloya a gagné à prendre une distance vis-à-vis du Parti communiste réunionnais, il a un peu son autonomie, il n’est plus amarré à un parti politique et ça le rend plus crédible pour les gens. Le maloya peut aujourd’hui faire prendre conscience d’une autre manière de vivre, d’avancer dans la vie. Je ne veux pas dire que le PCR n’a pas fait un travail pour la défense du maloya, mais il a fait un chemin avec le maloya et le maloya a aujourd’hui gagné sa liberté. Mais il faut travailler à la préserver. Le maloya a ceci dans ses gènes : il peut être une force politique, mais c’est aussi une musique, il était là avant, il sera là après, politique ou pas politique.

 

Le maloya pourrait-il porter une sorte de mouvement citoyen autonome ?

Le maloya est une manière de vivre, de penser, une manière d’être ensemble. Il fait le lien. Le PCR l’avait compris. Beaucoup de gens adhèrent à ce qu’est le Maloya par rapport au pouvoir en place. Le pouvoir de prendre la parole pour beaucoup de gens, dans la manière de dire les choses, c’est par le maloya. C’est une manière de dire quand, dans notre société, ce qui se trame nous fait mal, n’est pas bon. Il faut passer par cet outil qu’est le maloya. Car le maloya était un outil social mais, aujourd’hui, il faut qu’il prenne une certaine distance avec ça. Quand il y a quelque chose à dire, il faut le dire. Aujourd’hui, il faut parler de la solidarité perdue, car on nous a appris à vivre matériellement séparés les uns les autres – chacun son auto, son logement, son bureau.

 

Pour Firmin Lacpatia [lire Cassandre/Horschamp 102 dans sa version papier], c’est pendant la période coloniale que s’est formé le bloc de la civilisation…

Du temps du colonat, du sous-développement de La Réunion, il n’y avait pas rien. Dans ce pas-rien là, il y avait du causer avec son voisin. Le voisin donne un concombre, on lui donne une banane. Parce que tout le monde était au même niveau. Dans le pas-rien, il y avait de la solidarité. Quand un homme meurt, on l’entoure, il y a une veillée. C’est peut-être cette période qui a renforcé les liens, et la culture y a pris une autre valeur, mais le possédant, lui, a compris qu’il fallait faire éclater ça, car le chacun est plus simple à dominer. Ce n’est pas de la nostalgie, les gens se rappellent aussi que parfois il n’y avait pas à manger, plus assez de riz, de maïs, qu’il faisait froid dans la case. Les commodités aussi… La modernité, c’est aussi de n’avoir plus à aller dehors pour faire ses besoins, la modernité apporte quelque chose, plus de confort, mais avec tout le tralala derrière… Et c’est ce tralala qu’il faut questionner : pourquoi ce sont toujours les mêmes ont et les mêmes qui n’ont rien ? Avant, le vivre ensemble fonctionnait, mais on n’avait pas les moyens d’être bien. Aujourd’hui, on a les moyens d’être bien, mais ça ne fonctionne pas… Pourquoi ça ne fonctionne pas ?trianglesignature

 

Propos recueillis par Olivier Schneider