L'Insatiable | Le mime Duval, un saltimbanque dans le siècle
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Le mime Duval, un saltimbanque dans le siècle

Entretien avec Philippe Duval

 

Le Diable à Padirac, en 1977, grande fête rurale et artistique, fut un moment essentiel de la prise de conscience d’une frange méconnue du monde des arts vivants, ceux qu’on nommait des «saltimbanques». Michel Crespin1 en était, et cette découverte lui fut très utile quand, en 1981, il concocta à Chalain dans le Jura, la mythique Falaise des fous, trois jours de folie créative en pleine nature dans une ambiance « hippie », avec une multitude d’artistes, des clowns échappés des cirques aux funambules en passant par des chanteurs des rues comme Annie et Arthus, ou un cinéma ambulant, qui dressa un beau panorama de cette nouvelle saltimbanquerie revivifiée aux vents des années 1970. Tout ceci permit au gouvernement Mitterrand et à Jack Lang, au pouvoir un an plus tard, d’avoir une nouvelle corde à leur arc. Le principe de la Falaise des fous était le même que celui du Diable à Padirac et ce furent là les prémices d’une «institutionnalisation » des arts de la rue menée de mains de maître par Crespin… Mais, Le Diable à Padirac, c’était d’abord l’extraordinaire anniversaire des 40 ans de Philippe, le Mime Duval, «Dudu», que je retrouve plus de trente ans après.

 

Quel lien avais-tu alors avec le mouvement de la saltimbanquerie moderne ?

Avant d’envisager de fêter mes 40 ans avec mes amis en 1977, je faisais partie du Collectif de la rue Dunois à Paris, donc j’étais en rapport avec Théâtre à bretelles, la Troupe Z, la Carmagnole, on travaillait au 28 rue Dunois, un lieu culturel, de débats et d’accueil. Les artistes du collectif avaient en commun le souci de ne pas uniquement être en représentation… On voulait s’inscrire dans les luttes du moment, à tel point que, lorsqu’on nous appelait pour nous signaler un conflit dans une usine ou ailleurs, on nous disait : « Vous êtes bien des spécialistes des fêtes de soutien ? » Ça nous avait interpellés, on se sentait concernés d’abord en tant qu’individus, et puis ça nous faisait plaisir d’intervenir. Par exemple, Mâchon et moi, lorsque nous étions programmés dans une ville en France, nous le signalions à la maman de Maxime Le Forestier qui s’occupait d’une association, Spectacles en prison. Ça nous permettait d’intervenir dans les prisons de la ville. Pour revenir au Diable à Padirac, en 1977, tout ça ne s’appelait pas «arts de la rue», c’était une renaissance des saltimbanques, avec une conscience des problèmes sociaux et politiques, on en était encore aux interventions spontanées dans les villes. Je pense à la Romance du 14 juillet, qui parle d’une jeune fille de 15, 16 ans qui se retrouve enceinte. Sa situation sociale l’accule à une impasse, et elle tue son bébé, elle le jette dans les toilettes : c’était une actualité de l’époque mais il y a encore des drames de ce genre aujourd’hui. Nous étions des militants, des artistes très politisés. J’avais bourlingué et croisé pas mal de gens dans ces milieux et, trois jours avant l’événement à Padirac, beaucoup m’ont demandé s’ils pouvaient se joindre à nous et je répondais : « Pas de problème, vous entrez dans la coopérative ouvrière » et, toujours dans la lignée de ce milieu politico-gaucho, on leur disait : « On va boucler le village et on fera payer 10 francs l’entrée. »

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©Jean-François Goyet, Les Films Sans Coeur

Pourquoi à Padirac ?

Parce que j’avais une petite maison là-bas et le comité des fêtes voulait à nouveau faire un événement. Nous avions déjà fait des choses en milieu rural, par exemple le maire d’Antraigue (la ville de Jean Ferrat) nous avait invités les 14 et 15 juillet, et le 28 rue Dunois tout entier était descendu avec baptême en montgolfière. On faisait ça sous forme de coopérative ouvrière…

   [ + ]

1. Fondateur du festival d’Aurillac, de Hors les murs, association nationale pour le développement des arts de la rue et des arts de la piste, de Lieux publics, centre national de création en espace public et de la FAI-AR, Formation avancée et itinérante des arts de la rue.