L'Insatiable | La Fura dels Baus. Smartphone attaque !
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[PARTI


PRIS]

 

Je n’ai pas toujours compris comment fonctionnait l’interactivité, par exemple entre l’action des gens avec leurs smartphones et ce qui se passe à l’écran…

Je dois dire que je suis le spectacle le plus souvent en observant le public, sans utiliser mon application. Mon émotion est plus forte quand elle est le fait de gens physiquement présents. Je préfère être manipulé par des acteurs ou suivre le mouvement de la foule. J’ai utilisé l’application pendant les répétitions. [Rires] Mais j’ai un autre exemple. En 2012, j’ai mis en scène Le Berceau de la nation, la cérémonie d’ouverture de Guimarães au nord du Portugal qui devenait capitale européenne de la culture, en utilisant du mapping sur une surface de 90 mètres de large. On y a projeté un cœur, qui est tout d’un coup devenu rouge et toute la place a été plongée dans une lumière rouge. Je croyais que c’était une projection classique avec des projecteurs installés sur la place. Mais je me suis rendu compte que ça venait du comportement du public filmant le spectacle. Le cœur rouge apparaissait en même temps sur les écrans de smartphones du public et plongeait toute la place dans une lumière rouge.

 

Il est donc possible d’utiliser le smartphone pour créer des chorégraphies lumineuses, surtout quand un spectacle se déroule dans l’espace public !

Je déteste ça, mais c’est possible. J’ai toujours cru que j’allais perdre les spectateurs en les renvoyant à leurs écrans. Mais je me trompais. Après tout, il existe aussi le phénomène des flashmobs qui a été rendu possible grâce à la communication par smartphone. Cet instrument suggère que nous sommes en activité, alors que nous ne faisons que suivre des instructions.

 

Vous travaillez à la fois pour des espaces ouverts, modulables et en salle… Y a-t-il des transferts de pratiques entre les différents formats ? Les expériences faites d’un côté peuvent-elles être utiles dans un autre format ?

Il y a une contamination. Le spectateur d’une mise en scène d’opéra fera une certaine expérience du « Fura language » et de son rapport direct au public. Inversement, Carlos Padrissa1, qui a travaillé en opéra, a sa façon personnelle d’aborder un spectacle. Nous parlons aussi de « teatro de friction » : la friction entre acteurs et spectateurs.

 

M.U.R.S., 2015 ©Thomas Hahn

 

Dans quelle mesure est-ce une volonté politique ?

La Fura est un phénomène politique. C’est la seule compagnie qui s’est fait un nom à travers le monde sans avoir un seul metteur en scène ou un metteur en scène dominant qui réclame toute la gloire pour lui. Il y a eu chez nous une tentative en ce sens, mais elle a échoué. Tous les autres collectifs ont connu leur roi auto-proclamé. La Catalogne compte cinq de ces cas. À La Fura dels Baus, nous avons toujours été des acteurs et metteurs en scène très différents. Aujourd’hui, nous sommes seulement metteurs en scène mais toujours aussi différents, avec l’un qui s’est spécialisé en opéra, un autre en technologies, etc. Le processus de création collectif commence toujours par des réunions de l’ensemble de l’équipe. Nous avons des discussions parfois très longues sur tous les projets et tout le monde doit être d’accord, même si tous les directeurs artistiques ne travaillent finalement pas sur tous les projets.trianglesignature

 

 

Propos recueillis par Thomas Hahn

 

 

 

 

  • M.U.R.S. a été présenté à la Grande Halle de La Villette du 9 au 29 juin 2015.
  • www.lafura.com

   [ + ]

1. La Fura des Baus, fondée en 1979, compte six directeurs artistiques, Miki Espuma, Pep Gatell, Àlex Ollé, Carlos Padrissa, Pera Tantiñà et Jürgen Müller.