L'Insatiable | Douarnenez 2016 à l’heure turque
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[VILLES


ET


FESTIVALS]

Douarnenez 2016
à l’heure turque

Par Olivier Schneider

 

Chaque été, au moment de son festival de cinéma, Douarnenez réveille la question des peuples en lutte. L’été 2016 sera celui des peuples d’Anatolie, c’est-à-dire de cette partie excentrée, à la fois courtisée et rejetée de l’Europe : la Turquie. La Turquie en tant que mosaïque culturelle et confessionnelle (Alévis, Juifs, Arabes, Tziganes, Rum, Laz), le génocide arménien, le déplacement des populations (gréco turques), la question kurde, le moment Gezi, les droits des femmes…

 

Douarnenez et les migrants

La crise des réfugiés a raisonné autrement en baie de Douarnenez qu’en Autriche ou en Hongrie. J’ai habité dans la ville, l’été dans un squat excentré près du hameau de Leydé, puis l’hiver au port de Tréboul, là d’où partaient pendant la guerre les bateaux de pêche emportant les réfugiés français rejoindre la France libre. Avec d’autres, il nous semblait souhaitable et cohérent d’accueillir ici des réfugiés, de Syrie ou d’ailleurs, dans cette ville du Finistère où ils n’auraient jamais l’occasion de venir autrement que si nous les y invitions. Dans l’automne un collectif s’est constitué et, malgré les attentats de novembre, il s’est consolidé en prenant le nom de « Fraternité ». C’était étonnant de voir, aux pires moments de « l’état d’urgence », les Douarnenistes fêter leur souhait d’accueillir des réfugiés soudain apparemment assimilés, pour le reste de la France, à de possibles terroristes – mais c’est aussi que, de festivals en festivals, la répression des peuples a connu souvent la même logique.

 

L’accueil des migrants est devenu une affaire politique et institutionnelle, et le collectif, renonçant pour un temps à l’accueil chez l’habitant, est devenu le moyen d’une prise en charge humaine des exilés de Calais placés ici où là en Bretagne au gré des décisions préfectorales. L’organisation du festival a suivi de près les réunions citoyennes de plus en plus denses et nombreuses, d’autant plus intéressée par la réponse à donner au sort des exilés qu’elle se rendait au même moment dans une Turquie qui était désormais au centre de la crise, et qu’elle y découvrait l’immense jeu de dupe : la Turquie d’Erdogan utilisait le drame humain des réfugiés de Syrie pour étouffer un peuple, et installer une guerre, une violence permanente, contre une autre culture, celle des Kurdes et des minorités de Turquie.

Douarnenez 2016

© FLAN Colectivo
-Visuel de la 39e edition du festival de Douarnenez –