L'Insatiable | Douarnenez 2016 à l’heure turque
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[VILLES


ET


FESTIVALS]

Au programme du festival

Le festival « Les Turquies » est né d’une envie de renouveler l’invitation aux artistes, cinéastes et militants de la cause kurde de Turquie qui étaient venus à Douarnenez en 2003 pour le festival sur les peuples du Kurdistan. Cette année-là, en Turquie, la culture et l’identité kurdes restaient niées et leur expression interdite, jusqu’au mot même de Kurdistan. Yann Stephant, directeur du festival depuis 2014, que j’ai interrogé, se souvient des femmes kurdes qui pleuraient d’émotion de voir écrit sur les murs ou au sol de Douarnenez le mot « Kurdistan ». 2003 était aussi l’année des premières mairies remportées par des militants de la cause kurde. « Depuis, le PKK a fait une mue, surtout en ce qui concerne sa façade politique, le HDP n’est plus du tout un parti totalitaire ou fermé, puisqu’il s’est ouvert à toutes les franges de la société, aux transsexuels, LGBT, ils ont instauré une vraie parité, chaque mairie a deux maires, une femme et un homme (sachant que c’est souvent la femme qui dirige) et une commission de femmes veille à ce que le parti respecte la cause des femmes en Turquie et au-delà. ».

 

J’ai demandé à Yann Stephant comment, dans ce nouveau contexte, s’était organisé l’édition 2016 du festival : « Actuellement il y a une guerre située essentiellement dans la zone kurde (sud est de la Turquie), des villes sont sous blocus, le processus de paix avec le PKK est arrêté. Nous devions à l’origine nous rendre à Istanbul pour rencontrer la diversité des peuples, mais quand on a pris conscience de la situation réelle en Turquie on a choisi de partir plutôt au Kurdistan, à Diyarbakir. Le centre historique de la ville s’appelle Sur, c’est le quartier le plus populaire, peuplé par les réfugiés des précédentes répressions. Une révolte populaire dans le quartier a entraîné une vague de répressions et de couvre-feu. C’est aussi à Sur qu’est établi le Centre culturel kurde (MKM), un lieu très important car les Kurdes ont misé sur la culture comme arme politique. Ce centre a œuvré à la réappropriation de la langue, pour la musique, le spectacle vivant, et c’était un lieu de rencontres politiques. Sur était sous blocus, mais il y avait une poche où on a pu aller, où on a rencontré les animateurs de ce centre dans un lieu désert, ils avaient un immense besoin de parole. On va essayer de faire venir des musiciens, des artistes, des cinéastes par leur biais. Là-bas, tout est politique ou artistique, les artistes invités seront tous aussi légitimes pour les débats politiques. »trianglesignature

 

  • 39e édition du Festival de cinéma de Douarnenez, « Les Turquies », du 19 au 27 août 2016