L'Insatiable | Du terrorisme d’État à la guérilla terroriste
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[PARTI


PRIS]

Du terrorisme d’État
à la guérilla terroriste

Par Irène Sadowska-Guillon

 

Le théâtre de Fermín Cabal ne cesse de critiquer la réalité politique et sociale depuis la transition démocratique en Espagne. Il dénonce les abus du pouvoir, la corruption et les implications des politiques dans des affaires financières. Plusieurs de ses pièces ont déclenché des polémiques et des attaques violentes. L’esprit indépendant de Cabal, sa façon directe de s’attaquer aux discours démagogiques, à la bien-pensance hypocrite, n’est pas du goût de tout le monde. Sa pièce Tejas verdes (Tuiles vertes), créée en 2004 dans une petite salle madrilène, heurta certaines sensibilités. Il la reprend aujourd’hui.

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Tejas Verdes, pièce écrite et mise en scène par Fermín Cabal au Teatro Nuev9 Norte à Madrid © Emilio Tenorio

Avec Tejas verdes, Fermín Cabal aborde la question de la dictature au Chili sur le mode du flash-back : on revient à 1998, au moment où le juge Baltazar Garzon a demandé l’extradition du dictateur arrêté en Angleterre. Écrite en 2003 du vivant de Pinochet (mort en 2006 sans être jugé), Tejas verdes, aux antipodes des approches schématiques proposant une simple opposition entre victimes et bourreaux, nuance diverses attitudes et motivations de part et d’autre. Reçue avec réticence en Espagne, cette pièce, traduite en plusieurs langues, a été créée en Angleterre, aux États-Unis, en Irlande, en Australie, en Grèce, au Brésil, en Afrique du Sud et en France où elle est publiée aux éditions Les Solitaires intempestifs.

 

03

Tejas Verdes, pièce écrite et mise en scène par Fermín Cabal au Teatro Nuev9 Norte à Madrid © Emilio Tenorio

Reprise en 2007 et 2009 à Madrid, Tejas verdes revient sur la scène du petit théâtre madrilène Nuev9 Norte dans une nouvelle version mise en scène par l’auteur où dialogues et récit s’entrelacent. La pièce, plus incisive, gagne en force. Les versions contradictoires des faits s’affrontent, de la dictature chilienne (1973-1990) aux formes les plus récentes de terrorisme. On y traverse les dictatures sanguinaires du XXe siècle avec en arrière-plan les enjeux politiques et économiques des grandes puissances.

Dans la brève projection qui ouvre le spectacle, des images de l’attentat sur les Twin Towers sont suivies de celles du coup d’État de Pinochet (avec l’appui des États-Unis) le 11 septembre 1973. Puis on voit l’ambassadeur des États-Unis expliquer comment il collectait les fonds auprès de divers organismes pour faire tomber Allende. L’horreur, le cynisme, l’humour macabre, la poésie et la dérision s’entrechoquent. Dans la séquence finale, les actrices, chantant façon cabaret, dénoncent les injustices, les crimes de divers régimes tandis que sont projetées les figures souriantes d’hommes d’État et de dictateurs : Hitler, Staline, Mussolini, Franco, Mao, Fidel Castro, Sadam Hussein, entre autres, ainsi que les corps massacrés de leurs victimes.