L'Insatiable | Dans l’ombre de Fassbinder…
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[LIBRES


ÉCHANGES]

 

NR : Alors c’est une sorte de création collective, en réalité ?

SN : On a fait pas mal d’impros et Falk prenait ce qui l’intéressait. Il n’y a rien qui soit écrit par nous.

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© Jean-Louis Fernandez

MB : Mais il y a des choses que vous avez dites ?

SN : Oui, des éléments repris des impros, quand on se traite tous de porcs, de grosses vaches, etc. Des trucs que Falk nous a piqués. Mais la ligne de pensée est la sienne. Par exemple, il a énormément résisté à Thomas qui était le plus sur un mode « le spectacle est raciste »… Il n’a pas dévié, il nous fait dire ce qu’il a envie de dire. Mais on a beaucoup improvisé et parfois il nous a piqué des trucs.

 

NR : Et tu ne trouves pas qu’il aurait été souhaitable qu’il reste une certaine marge d’impro réelle et possible dans le spectacle ?

SN : On y a pensé, c’était aussi important que le texte soit clos. Falk avait besoin de circonscrire quelque chose.

 

NR : Quand je t’entends parler, j’ai un peu le sentiment que Stan se cache derrière Falk, Falk derrière Fassbinder, etc. et j’ai l’impression d’un jeu de paravents.

SN : Non, je ne me cache pas puisque, sur ce dernier monologue, je n’ai pas été voir les gens pour leur dire : « Ce n’est pas ce que je pense ! » Là, on entre dans les petits secrets de fabrication, mais c’était un des enjeux. On savait que c’était un spectacle pas si habituel, qu’il allait parler d’aujourd’hui, on ne savait pas ce qu’on allait dire en tant qu’acteurs et on savait qu’on allait devoir en porter la responsabilité. C’est plus facile pour un acteur d’être d’accord avec ce qu’il dit. Là, au début, et c’était une vraie question pendant les répétitions, les acteurs se retrouvaient parfois avec des mots qu’ils n’avaient pas du tout envie de prononcer. Moi j’ai échangé des répliques avec Thomas, du genre : « J’ai peur des fanatiques religieux quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent. » Thomas refusait de revendiquer ça sur un plateau. Du coup, moi je l’ai dit, ça ne me pose aucun problème. Parce que, à la différence de Thomas, j’ai conscience que je ne suis qu’un acteur dans une pièce de théâtre.

 

NR : Tu disais que Falk détestait Brecht, moi je trouve que ton jeu à toi est très distancié.

SN : Je pense que Falk n’aime pas quand Brecht mâche trop le travail au public en lui disant : « Lui, c’est le mec sympa ; elle, c’est la salope et lui il a raison, lui il a tort » !