L'Insatiable | L’1consolable, voix de la foule en marche
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[VU DE FACE]

L’1consolable,
voix de la foule en marche

Entretien avec L’1consolable

Pas de lutte sans hymne affirmatif, pour tendre entre les marcheurs un fil de reconnaissance, donnant cœur, élan, rythmant la marche. Les premières manifestations du mois de mars 2016 se sont retrouvées dans  le rap de L’1consolable «On vaut mieux que ça ». Ce refrain, scandé par les cortèges étudiants et lycéens sous les pluies glaçantes de mars, vient du mot-clé sous lequel les youtubeurs, un groupe de chroniqueurs web, a réuni des témoignages sur la condition salariale en France aujourd’hui. Avenue d’Italie, place de la République, L’1consolable  rappe en marchant, pugnace et entraînant.

 

Coline Merlo : Un fond de colère inextinguible, c’est une bonne raison de se nommer L’1consolable. Un nom qui prend parti,  «  Celui qui refuse de se consoler de ce dont il n’y a pas matière à se consoler  », dis-tu sur ton site…  S’il n’existe pas de consolation possible dans un système de production sociale qui a mis l’injustice en son cœur, la fonction d’un rap conscient serait alors d’exprimer, de concentrer dans un refrain la colère partagée qui monte sourdement  ?

L’1consolable : Je ne sais pas ce qu’est la fonction du rap, pas plus que de l’art en général. C’est une question complexe. Mais je sais ce que j’y cherche: un sens politique et une dimension esthétique. C’est sa charge contestataire mais aussi la musicalité des structures rythmiques du flow qui m’ont séduit dans le rap. Mais plutôt que de rap conscient, je préfère parler de rap tout court. Ce n’est pas à moi de me démarquer des Jul, Kaaris, PNL, et autres Sexion d’Assaut: ce n’est pas parce que leur rap capitaliste, sexiste et stupide est devenu la norme commerciale qu’on doit se laisser imposer leur définition. Moi je fais du rap, eux ils font de l’argent: chacun ses priorités.

Quand j’écris, je tâche toujours de trouver un juste équilibre  entre fond et forme selon les mots du rappeur Fabe, entre sens et son selon ceux de Paul Valéry. À l’origine, évidemment, il y a l’affect, qui met en mouvement la pensée et suscite le désir de créer. Si la colère sourde dont tu parles se fait sentir dans l’une de mes chansons, c’est que je la partage moi aussi. Ce n’est pas moi qui décide d’en rendre compte, elle s’impose à moi. Depuis mes 12 ans, le sentiment de révolte et le refus de me résigner nourrissent mon écriture, particulièrement dans le rap.