L'Insatiable | L’1consolable, voix de la foule en marche
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[VU DE FACE]

©Benoît Yin

 

Le hashtag proposé par un groupe de youtubeurs, «  on vaut mieux que ça  », comment l’as-tu reçu  ?

Ça m’a fait du bien… J’étais de ceux qui se demandaient, avec une inquiétude et une impatience non dissimulées, où serait le point de rupture, jusqu’où il faudrait que ceux qui nous gouvernent aillent pour qu’on se ressaisisse, collectivement de la question politique qui nous était jusqu’alors confisquée. La proposition dite de la “loi travail” aura au moins eu cet effet  : la population s’insurge, se parle, et met en commun des outils dans la perspective d’une lutte. La formation du collectif  “On vaut mieux que ça” fait partie de ce processus. Quant au slogan, si j’ai eu plaisir à entendre que les gens estimaient valoir mieux que le travail dégradé et dégradant qu’on tente de leur imposer, j’avais quelques réserves sur le flou qu’il laisse. Dire  : “On vaut mieux que ça”, c’est déjà accepter de se considérer comme une marchandise sur le marché de l’emploi, et donc accepter l’injonction qui nous est faite de réduire toute notre vie à la seule question économique… Mais nous ne valons rien qui puisse se mesurer à l’aune du seul critère salarial. C’est aussi pour ça que j’ai choisi de reprendre ce slogan comme leitmotiv dans ma chanson “On vaut mieux que ça!”, pour le décortiquer, et en montrer de façon critique les limites. C’est ce qu’expriment  les derniers mots du morceau :

 

On vaut mieux que leur dire qu’on vaut mieux que ça: ils ont là appris 
Q
u’on se moque de savoir combien on vaut car on n’a pas de prix!”.

 

Précisément, pendant les manifestations parisiennes du 9 et du 31 mars, tu dialoguais en rappant avec le cortège, et le refrain était scandé par tous. Ce cri, «  on vaut mieux que ça  », jusqu’à quel «  ça  », toi, l’étends-tu ? …

C’est intéressant que tu poses cette question. Parce que le ça, précisément, je l’étends à l’emploi dans son ensemble. Si l’on vaut mieux qu’aller se bousiller la santé dans des boulots précaires, on vaut mieux aussi que d’aller se vendre sur le marché de l’emploi, au service du capital, donc de ceux qui nous piétinent chaque jour un peu plus. On vaut aussi certainement mieux que d’être gouvernés de la manière qu’on connaît par cette oligarchie impudente. Et peut-être même vaut-on mieux qu’être gouvernés tout court ! Le ça d’On vaut mieux que ça est ainsi pour moi loin de se limiter à la question des conditions de travail, si déplorables soient-elles. C’est tout un monde qui tombe qu’il faut précipiter dans sa chute, pas simplement cette réforme-là.

 

Quels échanges cette chanson et ta présence en «  manif’  » ont-ils déclenché autour de toi  ?

La diffusion massive de la chanson m’a permis de faire beaucoup de rencontres, avec des travailleurs, du privé comme du public, syndiqués ou non, des chômeurs, des étudiants, des lycéens… Le texte a été accueilli avec chaleur, et la chanson, beaucoup relayée dans les manifestations et sur internet… y compris sur des pages Facebook du PCF et de la CGT  ! Ce qui montre qu’il y a, au sein même de certains partis ou syndicats, en dépit de certaines positions adoptées par leurs directions, de  nombreux militants  sensibles à la critique du travail et de sa centralité dans nos vies, et pas uniquement des conditions dans lesquelles il s’exerce. L’écho qu’elle rencontre m’a agréablement surpris  : nous sommes bien plus nombreux que je ne l’aurais cru à vouloir en finir une bonne fois pour toutes avec l’emploi salarié  !