L'Insatiable | Luc Petton et ses oiseaux. Regard d’une philosophe
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[PAS DE


CÔTÉ]

Luc Petton et ses oiseaux.
Regard d′une philosophe

Vinciane Despret / paroles sur le vif

 

 

Philosophe, éthologue et psychologue, Vinciane Despret* a suivi le travail de Luc Petton tout au long de sa trilogie de spectacles avec des oiseaux vivants. Ayant observé des répétitions du spectacle Light Bird, elle livre ici ses réflexions.

 

Des animaux pas comme les autres

Dans La Confidence des oiseaux, les danseuses deviennent des connaisseuses en matière de relation avec les oiseaux : que peut-on faire et à quoi faut-il faire attention ? Regarde-t-on les animaux comme des artistes ? Sont-ils conscients d’être spectacularisés ? Dans la tradition des spectacles avec des animaux, tout est planifié. Les animaux travaillent comme des comédiens. Mais cela exige un dressage et une discipline extraordinaire. Avec les oiseaux, en revanche, la contrainte ne peut s’exercer de manière aussi forte. Ils résistent. Leur présence sur scène rend visible la nécessaire bonne volonté de l’animal de participer.

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Light Bird, chorégraphie de Luc Petton, 2015 © Thomas Hahn

 

Le kairos : saisir des opportunités

Nous sommes dans ce que le Grecs appellent le kairos, c’est-à-dire une opportunité à saisir – mais qui saisit cette opportunité ? Ici, c’est totalement indéterminé. Les oiseaux saisissent les opportunités offertes par les humains de faire œuvre ensemble.

Nous sommes dans ce que les Grecs appellent le kairos, c’est-à-dire une opportunité à saisir 

Et les humains doivent saisir les opportunités que les oiseaux leur présentent. On est proche de ce que John Cage appelle une démarche expérimentale, qui appelle l’imprévisibilité du résultat, du point d’arrivée. Le spectacle met au travail l’articulation d’intentions créatrices d’autres intentions, qui ne vont pas nécessairement s’accorder. Luc Petton prend des risques énormes et très intéressants. Les oiseaux pourraient s’envoler, ne plus participer, récuser l’accord… Il ne reste au danseur qu’à être dans une attitude de grande modestie et de confiance, voire de séduction. Il n’y pas de dressage. Tout passe par la séduction mutuelle.

 

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Light Bird, chorégraphie de Luc Petton, 2015 © Thomas Hahn