L'Insatiable | La Parole errante : une impensable disparition
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D’ARIANE]

 

S’adapter, transmettre et s’engager

Espace de liberté et de création, La Parole errante a accueilli tout au long de son existence de nombreux artistes, leur offrant une structure malléable et propice au travail. « Nous ne sommes pas forcément dans une idée de séries de représentations, mais plutôt dans un accueil de créateurs en répétition », rappelle Jean-Jacques Hocquard. Il écarte toute logique marchande : « On me demande parfois, mais je refuse. Ce n’est pas l’histoire de ce lieu. L’histoire de ce lieu, c’est de venir répéter, travailler, puis de présenter. De plus, nous avons une volonté de gratuité. »

 

Dans cette même logique de travail, la Maison de l’arbre s’est souvent distinguée par sa souplesse. « Nous voulons un site complètement adaptable pour la création théâtrale, musicale… Si un artiste veut peindre un mur en jaune, il peut le faire ! Ce que je reproche à certaines friches, c’est d’oublier que l’intérêt d’être dans un lieu qui n’est pas aménagé comme un théâtre, c’est de pouvoir le modifier en permanence. Cette idée me paraît fondamentale », martèle celui qui, depuis les années 1970, voit Armand Gatti expérimenter, modeler, créer.

 

Accueillante, ouverte, La Parole errante s’est aussi donné une véritable tâche d’éducation populaire. En plus de nombreuses conférences et autres interventions, celle-ci a choisi de poursuivre le travail entamé par Gatti au cours de ses stages, en travaillant à l’insertion de jeunes Franciliens.

Après avoir agi au sein de missions d’insertion pour les primo-arrivants, l’équipe a choisi d’héberger une classe-relais, dispositif d’aide aux collégiens en situation de décrochage scolaire. « On a travaillé avec eux sur des affiches racontant l’histoire du lieu, par exemple. Cette année, nous avons monté une exposition au musée de l’Homme, en travaillant en partie avec eux. Nous avons toujours fait des choses assez différentes, dans un dialogue permanent avec les enseignants, et en leur offrant cette opportunité intéressante de travailler au sein d’un lieu culturel actif. Des artistes viennent, travaillent avec eux, racontent des histoires… »

 

Imprégné d’une certaine vision de l’art et de la société, La Parole errante est aussi un espace de rencontre entre la culture et la vie de la cité. « C’est un endroit où le poétique et le politique se frottent, se plaît à dire Hocquard. Il y a une certaine fluidité de rencontre […] c’est un lieu de très grande ouverture. » Au fil des ans, le site a ainsi accueilli de nombreux événements, réguliers – comme le festival du CNT – ou ponctuels, comme l’Appel des 39 lancé par des psychiatres, ou encore une assemblée générale à l’occasion de la mort de Rémi Fraisse au barrage de Sivens.

 

Tous ces aspects, et bien d’autres encore, sont les mille pièces qui composent l’identité de ce lieu culturel si particulier. L’atmosphère unique qui s’en dégage se ressent à chaque instant, et est insufflée dans chaque évènement qui s’y tient. C’est le cas du festival Ta Parole, auquel nous assistions il y a quelques semaines. Habituée du hangar rouge, l’association organisatrice Bolondokhaza y accueillait sa 14e édition. Trois jours de découverte musicale, et de moments fidèles à la culture de partage régnant entre ces murs.

 

Dans le jardin de la Maison de l’arbre, autour de grandes tablées entre lesquelles serpentent les musiciens ambulants et les enfants rieurs, chacun se libère, les langues se délient. On échange, on s’apprivoise, on débat, et l’on se prend à rêver de la possibilité d’un monde fait de commun. C’est l’essence même de ce lieu : offrir à tous l’expérience du collectif, par la rencontre et par la diversité de la programmation et des projets, ponctuels ou permanents. « Ici, toutes les marginalités peuvent s’exprimer, nous ne sommes pas dans la sélection. […] L’idée de l’accueil inconditionnel, on la retrouve aussi dans notre collaboration avec Emmaüs, avec l’ouverture du café-librairie Michèle-Firk, ou l’hébergement des revues Z et Jeff Klak », poursuit Jean-Jacques Hocquard.

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Ambiance conviviale dans le jardin de la Parole Errante, à l’occasion du Festival TaParole
© Julien Coquelle-Roëhm