L'Insatiable | La Parole errante : une impensable disparition
1262
page-template-default,page,page-id-1262,paged-3,page-paged-3,ajax_leftright,page_not_loaded,,select-theme-ver-3.1,wpb-js-composer js-comp-ver-4.4.4,vc_responsive
 



[FIL


D’ARIANE]

 

Ce caractère si particulier rendrait-il cet espace indésirable ? En effet, à l’heure où, pied à pied, La Parole errante a fini par devenir un centre crucial et le gardien d’une autre idée de la culture et de la politique, elle est pourtant menacée par les mêmes institutions qui avaient soutenu son arrivée. Les détails de la tentative de clôture de ce lieu sont déjà bien connus : alors que le bail avec le Conseil départemental touche à sa fin, marquant la possible fin de l’occupation du site par l’équipe, un collectif se forme pour défendre la pérennité du projet. La Parole errante demain formule un projet « fondé sur l’accueil et la solidarité, où les dimensions sociales, politiques et culturelles continueraient de se croiser. Un projet de recherche, d’expérimentation et de fabrication du commun ».

 

En parallèle des prémices du combat qui persiste aujourd’hui, se joue aussi un passage de doute sur l’héritage de l’icône de ce lieu. Alors que l’équipe historique gardait pour objectif de partir la tête haute, une baisse des subventions en 2015 et en 2016 menace La Parole errante d’une liquidation destructrice, qui la verrait perdre, entre autres, les archives du grand poète Armand Gatti.

 

Si ce risque semble écarté, grâce notamment à l’acquisition des manuscrits de l’auteur par la BNF, les propositions de reprise par La Parole errante demain sont, elles, restées lettre morte. Feignant l’indifférence, le Conseil général, désireux d’installer les Rencontres chorégraphiques au cœur de Montreuil, fait la sourde oreille et annonce en mai dernier sa volonté de fermer le lieu à la fin de l’été.

 

Loin de doucher les ardeurs du collectif, cette décision semble avoir provoqué une plus grande réaction encore de la part ceux qui souhaitent raviver la flamme. Leur détermination, chaque jour accrue, nous a frappé lorsque nous avons rencontré certains d’entre eux. « Nous sommes aujourd’hui un ensemble très hétérogène, entre des personnes qui ont longtemps travaillé à La Parole errante, celles qui sont arrivées plus récemment, ou même de simples usagers », expliquent-ils.

 

Les enjeux de ce regroupement sont de taille : « Ce lieu a révélé un énorme besoin d’espaces et de lieux en région parisienne, et à la fois l’importance d’un lieu ouvert à des choses très différentes, qui ne se cantonne pas à des activités strictement culturelles, poursuit un militant. Alors qu’aujourd’hui, en région parisienne, beaucoup d’espaces de la sorte ont déjà fermé, il serait politiquement inconséquent de laisser partir celui-ci. »

 

Pour les défenseurs du maintien, le combat est à deux volets. Il s’agit, d’une part, de sauver et de perpétuer l’héritage d’Armand Gatti, mais aussi de soutenir une nouvelle réalité du lieu. « Nous sommes à la croisée de deux histoires, considèrent ceux qui ont vu La Parole errante se réinventer depuis 2008. Cela implique de prendre aussi en compte la vie quotidienne du lieu, tout ce qui tisse son activité. »

La réorientation des dernières années semble en effet avoir changé la nature même de l’endroit : la nouvelle génération, convaincue de l’importance du lieu en lui-même, se bat pour sa reconnaissance en tant que tel, la continuation du rôle qu’il joue à Montreuil et au-delà.

13614990_1056555494439225_7498740457165617291_n

Le groupe “Courir les Rues” au Festival TaParole, habitué des lieux
© Festival TaParole