L'Insatiable | La Parole errante : une impensable disparition
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D’ARIANE]

Composer et s’ouvrir

Le processus lancé, volontairement ouvert, fait la part belle à la consultation et à l’accueil des propositions, avec des journées de rencontre permettant au collectif d’y présenter son travail et de faire le plein d’idées.

 

Il semble en cela diamétralement opposé à la philosophie des institutions. Car si le Conseil général a renoncé à l’installation unilatérale des Rencontres chorégraphiques, ouvrant à la place un appel à projet, il reste dans une façon de penser bien éloignée de celle de La Parole errante demain. Loin d’une culture envisagée par l’unique prisme du marchand, d’une « plus value » participant à la gentrification de la ville, les militants du collectif défendent une logique radicalement inverse : « On ne va pas seulement mettre en place un projet, mais aussi créer un processus vivant qui permet de s’emparer de ce lieu, au regard de ses usages actuels et de son histoire, mais de la manière la plus ouverte et incluante possible. Et où une logique de concurrence, incarnée par l’appel à projets,  ferait place à une logique de composition, pour véritablement inventer quelque chose. »

 

Cette idée passe par la mise en place d’une gestion collective à venir : « Nous essayons de retenir tant que nous le pouvons l’appropriation de ce lieu par une seule réalité. » Une idée de commun qui n’est pas nouvelle à La Parole errante : « Nous affirmons des choses déjà latentes que l’on veut rendre plus effectives, sur la question du collectif mais aussi sur celle du mélange entre des activités sociales et culturelles. L’immense légitimité de Gatti faisait que ce lieu n’avait pas besoin de se revendiquer en tant que tel. Nous sommes obligés de mettre ceci au cœur du projet, pour construire une forme de légitimité. »

 

La programmation présentée par La Parole errante demain lors d’un banquet, le 29 juin dernier, travaille à rendre cette volonté réelle. S’articulant autour de grands axes, comme le théâtre, la musique ou de nombreuses rencontres, celle-ci a été établie dans le souci de s’ouvrir à de nouveaux usagers. « Nous avons donné suite à de nombreuses propositions. Une résidence de théâtre, des écoutes radiophoniques sur les drogues […]. C’est un élément clé de notre lutte contre l’appropriation. Placer l’autre, celui qui n’est encore jamais venu, au centre. C’est à lui qu’il faut porter attention. »

En plus d’incarner une vision collégiale, la programmation marque une envie de poursuivre un engagement politique et social. Elle donne ainsi l’occasion à des collectifs en lutte, comme le Rémouleur, la Cantine des Pyrénées ou le Jargon libre, d’organiser des événements pour subvenir à leurs besoins.

 

Sur un autre plan, le rythme même du calendrier porte un objectif politique : « Nous faisons très attention à réserver des cases vides, afin de pouvoir réagir vite à l’urgence de la réalité politique. Si quelque chose se passe, on peut organiser une rencontre, un débat ou une assemblée générale d’une semaine sur l’autre. » Une capacité essentielle selon la jeune équipe : « Il est fondamental que les activités culturelles puissent côtoyer les réalités politiques environnantes, pour travailler contre le régime de la séparation. Pour redynamiser, réinsuffler la vie, il faut qu’il y ait un mélange réel, et une réactivité que ce lieu  permet ! »

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Un pan de l’exposition “Les voyages de Don Quichotte”
© Paolo Gasparini – La Parole Errante