L'Insatiable | La Parole errante : une impensable disparition
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D’ARIANE]

« Créer une réalité »

Au-delà d’une simple logique de projet et de proposition, La Parole errante demain cherche à s’ancrer dans le présent : « Nous ne sommes pas dans le scénario d’un départ. Nous sommes en train de construire une réalité, c’est notre seule stratégie. Construire une réalité si forte que le lieu ne puisse pas disparaître.»

 

Cette réalité est multiple, et consiste d’abord à montrer la capacité du collectif d’occuper les lieux, toujours dans une logique collégiale. « C’est notre manière de vérifier aux yeux de tous qu’il est possible de faire fonctionner ce lieu de manière collective, d’organiser sa temporalité. Prouver cela pour les six mois à venir, vis-à-vis des tutelles, est une manière de continuer à avancer », explique l’un des membres rencontrés.

« L’idée est de montrer que nous habitons cet endroit, que nous sommes au cœur du lieu. » Ce besoin passe ainsi par la place réservée, dans la programmation, aux ateliers, destinés à un large éventail de participants : « Par ces ateliers, comme celui organisé par la Fanfare invisible pour les enfants, nous fabriquons le quotidien. »

 

Le projet d’installation d’un centre social, autogéré par des bénévoles et des étudiants, en est un autre exemple. En souhaitant offrir des permanences diverses et des activités quotidiennes touchant au social (accès au droit, à un suivi psychologique, alphabétisation, etc.), La Parole errante demain s’ancre comme un acteur déterminant au sein de la réalité sociale de ses environs. Ce rôle, qu’elle souhaite jouer à l’avenir, serait par ailleurs l’occasion de faire venir entre ses murs un public nouveau, susceptible de s’ouvrir alors à la découverte des autres activités du lieu.

 

« Deux univers de pensée »

Du combat qui oppose La Parole errante demain aux institutions, émane le triste sentiment d’une difficile communication entre, selon la formule de l’un des militants, « deux univers de pensée qui ne se rencontrent pas ». « Notre volonté est d’éprouver comment nous sommes capables d’instituer le commun dans un lieu qui n’est pas une institution étatique, départementale ou municipale, ajoute-t-il. Nous tentons de fabriquer un commun dont le garant n’est pas l’État, à l’heure où celui-ci est trop souvent réduit à sa fonction policière. »

Les propos rapportés de certains politiciens, n’hésitant pas à qualifier le lieu de « joyeux bazar » et appelant de leurs vœux une évolution vers une plus grande « excellence artistique », ne font que confirmer ces impressions, et semblent prouver le dédain, ou la peur, de nos dirigeants à l’égard de projets tels que celui-ci. Face à ce mépris, un modèle différent s’oppose. Appui de la survie d’un lieu casseur de murs et aux réalités multiples, ouvert à la découverte, à la réflexion et à l’expérimentation ; il refuse de le voir se transformer en un lieu propre, dirigé, sans risques et sans saveur.

 

La bataille qui sommeille à Montreuil oppose un héritage immense à une politique de table rase nocive. « À une vision de la démocratie vide et abstraite, nous opposons la matérialité d’une histoire et d’un usage. De quelle légitimité parlons-nous quand on voit des techniciens et des élus qui ne connaissent rien à l’histoire du lieu ou du travail de Gatti, et qui décident depuis leur bureau de balayer quinze ans d’un revers de main ? », s’interrogeait face à nous l’un des défenseurs de La Parole errante demain.

 

Plus que la décision de survie d’un lieu seul, la controverse qui se joue aujourd’hui est un passage charnière. Elle envoie un signal fort, et pose une question cruciale à notre époque. Quelle est la capacité de nos institutions à accepter une vision de la culture et du commun qui les dépasse ? Les mois à venir, sans doute, en seront le révélateur.trianglesignature

 

 

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L’entrée du célèbre hangar rouge de La Parole Errante
© La Parole Errante demain