Crue théâtrale en vue

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Crue théâtrale en vue

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par L’Insatiable
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En juillet 2016, le Réseau des Arts Vivants en Île-de-France (RAVIV) et le Syndicat National des Arts Vivants (SYNAVI) organisaient le forum Avignon, faut-il payer pour jouer ? L’argument était le suivant : « Le Festival d’Avignon est la plateforme incontournable de la diffusion théâtrale. Mais n’est-ce pas un comble pour les compagnies d’IDF de devoir "s’expatrier" à Avignon pour rencontrer les programmateurs de leur région et obtenir une chance de montrer leurs créations ? Un comble qui a un coût puisque la pratique majoritaire est la location des salles. Si le Festival d’Avignon OFF permet un réel temps de rencontre avec le public et entre compagnies, le transfert financier qui concerne souvent de l’argent public versé sous forme de subventions doit nous interroger ».

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À la suite de ce forum, le SYNAVI Ile de France a rassemblé des compagnies adhérentes pour imaginer une alternative à Avignon et chercher à transformer la logique marchande qui règle et abîme souvent les relations entre les artistes et les directeurs de lieux.
Vingt compagnies théâtrales ont répondu à l’appel, ainsi qu’une vingtaine de directeurs de saisons culturelles d’Ile-de-France et quatre lieux. Ma compagnie étant adhérente au SYNAVI, c’était l’occasion rêvée de passer de la critique à l’action.

La première édition de Scènes sur Seine, rencontres artistiques en Ile de France, a donc vu le jour à l’automne 2017 et quatre lieux l’ont accueilli : le Théâtre Paul Éluard de Bezons (95), le Théâtre de l’Usine à Eragny sur Oise (95), Gare au Théâtre à Vitry (94) et le Vent se lève (75) à Paris.
Ils ont mis leurs salles à disposition et majoritairement assumé les dépenses de fonctionnement liées aux rencontres. Certains ont également pris en charge l’accueil du public et la billetterie, ils ont par ailleurs assuré un relais de communication vers le public. Une cinquantaine de représentations, plus des temps d’échanges entre artistes et directeurs de salles autour des spectacles et du projet Scènes sur Seine, ont eu lieu, avec une fréquentation du public irrégulière mais encourageante. Le projet s’est fondé sur des valeurs de coopération, de mutualisation et d’économie solidaire. Les compagnies ont mutualisé non seulement les coûts et les recettes, mais aussi le matériel technique, l’accueil du public, les transports, les repas et la communication.

La SPEDIDAM et l’ADAMI ont soutenu financièrement le projet, ce qui a permis de payer les salaires des techniciens, une attachée de presse et 64% des salaires des artistes (les 36% restant à la charge des compagnies). Deux compagnies ont géré bénévolement l’administration et la production du projet.

Ce modèle économique, assez classique en termes d’affectations, a permis que la première édition ait lieu, mais il sera réinterrogé dans sa dimension politique l’année prochaine. Quelle est la place et le sens du bénévolat ? Par qui les postes de communication, de diffusion, de production et d’administration peuvent-ils et doivent-ils être assurés ?

Pour clairement nous distinguer d’un festival, nous poursuivrons et préciserons cette co-construction avec les directeurs de lieux culturels d’Ile-de-France. C’est en effet leur engagement à nos côtés et leur présence lors des échanges qui font émerger le sens profond du projet. Scènes sur Seine est un moyen de nous relier, de partager les questionnements que nous avons en commun et d’essayer de penser ensemble, en dehors de dispositifs prévus. C’est encore timide et hésitant, car nous sommes habitués depuis longtemps à cette relation de courtisans, mais c’est un premier pas.
Scènes sur Seine n’est pas non plus un « salon professionnel », mais bien une opportunité de rencontres entre des spectacles de compagnies franciliennes et le public local. La prochaine édition sera plus résolument tournée vers cet objectif.

L’absence de direction artistique de ces rencontres est un acte audacieux et conforme à l’idée d’ouverture et de rencontre, en dehors de toute perspective marchande. Mais si des spectacles n’ayant pas une exigence artisanale suffisante, ou bien un contenu politique ou idéologique douteux, apparaissent dans la programmation, ne courons-nous pas le risque de discréditer l’évènement ? La question est ouverte, stimulante, passionnante, toute comme cette aventure.

Scènes sur Seine va continuer et, au-delà des critiques et questionnements légitimes que soulèvent cette première édition, nous pouvons nous en féliciter. Nous avons su sortir de la plainte, du sentiment d’impuissance et de la déploration et nous avons agi. Nous avons essayé quelque chose, au risque d’échouer, de faire des erreurs, d’être déçus, ou frustrés, mais au risque aussi de réussir à force de ténacité et d’intelligence collective. Et nous ne sommes pas les seuls, d’autres essayent, cherchent et inventent d’autres manières de travailler ensemble comme Les Passerelles pour l’Aude et l’Hérault, ou Les Camaraderies de La Belle Etoile (Cie Jolie Môme) à St Denis. La voie est ouverte, c’est un ciel, un horizon, une impertinence, une intelligence. Le monde est ce que nous en faisons.

Karine Mazel

https://www.scenessurseine.org/



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« Où l’art se fera-t-il ? » Les 10, 16 et 17 décem­bre, au B’Honneur des Arts, salle de la Légion d’hon­neur à Saint-Denis.


Du 30 novem­bre au 3 décem­bre 2017
Vernissage jeudi 30 novem­bre de 18h à 22h.L’ hybri­da­tion est à la mode. En art, la pra­ti­que n’est pas nou­velle, mais à l’ère des images de syn­thè­ses, des OGM et des pro­thè­ses bio­ni­ques que peu­vent les artis­tes aujourd’hui ?


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